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Full text of "Les mamelles de Tiresias; drame surréaliste en deux actes et un prologue;"

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LES MAMELLES 

DE 


TIRÉSIAS 


DU MÊME AUTEUR 


L'Enchanteur pourrissant , in-4 0 , 1909, bois d’André Derain (Kahnweiler). 
L'Hérésiarque et Cie , in-18, 1910 (P. V. Stock;. 

Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée, in-4 0 , 1911, bois de R. Dufy (Depianche). 

Les peintres cubistts , petit in-4 0 , illustré, 1912 (Figuière). 

Alcools , poèmes, in-3 8 , avec un portrait par Picasso, 1913 ( Mercure de France). 
Le poète assassiné , in-18, couveiture en couleurs par Capieîlo, portrait par 
Rouveyre, 1916 (L’Edition). 

Vitam impenàere anwri, poèmes, avec 8 dessins d’André Rouveyre, 1917 
(Mercure de France ). 

Calligrammes , poèmes, in*8°, avec portrait par Picasso, 1918 (Mercure de 
France). 


GUILLAUME APOLLINAIRE 


LES MAMELLES 

DE TIRESIAS 

DRAME SURRÉALISTE 

EN DEUX ACTES ET UN PROLOGUE 

Avec la musique de Germaine Albert-Birot 

Et sept dessins hors texte de Serge Férat 



PARIS 

ÉDITIONS SIC 


37, RÜE DE I.A TOMBE-ISSOIRB 




Tous droits de traduction, de reproduction, de représentation et cTadaptatbn 
réservés pour tous pays. 

Capyright oy Guillaume Apollinaire, 1917. 


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LA REVUE SIC A ORGANISÉ 
LA PREMIÈRE REPRÉSENTA¬ 
TION DE CET OUVRAGE LE 
24 JUIN 1917, SUR UNE 
SCÈNE SISE 10 ET 12, RUE 
DE L ? ORIENT, A PARIS. 








PRÉFACE 


Sans réclamer dindulgence y je f ais remarquer que ceci est 
une œuvre de jeunesse , car squj ^Jfe Prologue et la dernière 
scène du deuxième acte qui sont de i g 16, cet ouvrage a été fait 
en igo3y c'est-à-dire quatqrw ans avant qu'on ne le représentât . 

Je ïai appelé drame qui signifie action pour établir ce qui 
le sépare de ces comédies de mœurs , comédies dramatiques , 
comédies légères qui depuis plus d’un demi-siècle fournissent à 
la scène des œuvres dont beaucoup sont excellentes mais de 
second ordre et que l'on appelle tout simplement des pièces . 

Pour caractériser mon drame je me suis servi d'un néolo¬ 
gisme qu’on me pardonnera car cela m'arrive rarement et j'ai 
forgé l'adjectif surréaliste qui ne signifie pas du tout symbo¬ 
lique comme l'a supposé M. Victor Basch, dans son feuil¬ 
leton dramatiqne ) mais définit asse\ bien une tendance de l'art 
qui si elle n'est pas plus nouvelle que tout ce qui se trouve sous 


12 


le soleil n’a du moins jamais servi à formuler aucun credo, 
aucune affimation artistique et littéraire . 

L'idéalisme vulgaire des dramaturges qui ont succédé à Vic¬ 
tor Hugo a cherché la vraisemblance dans une couleur locale 
de convention qui fait pendant au naturalisme en trompe-l'œil 
des pièces de mœurs dont on trouverait l'origine bien avant 
Scribe, dans la comédie larmoyante de Nivelle de la Chaussée. 

Et pour tenter, sinon une rénovation du théâtre, du moins un 
effort personnel, j'ai pensé qu'il fallait revenir à la nature 
même, mais sans limiter à la manière des photographes. 

Quand l’homme a voulu imiter la marche, il a créé la roue 
qui ne ressemble pas à une jambe. Il a fait ainsi du surréalisme 
sans le savoir. 

Au demeurant, il m'est impossible de décider si ce drame est 
sérieux ou non. Il a comme but d'intéresser et d'amuser . 
C’est le but de toute œuvre théâtrale. Il a également pour 
but de mettre en relief une question vitale pour ceux qui 
entendent la langue dans laquelle il est écrit : le problème de la 
repopulation. 

J’aurais pu faire sur ce sujet qui n’a jamais été traité une 
pièce selonleton sarcastico-mélodramatique qu’ont mis à la mode 
les faiseurs de « pièces à thèse ». 

T ai préféré un ton moins sombre, car je ne pense pas que le 
théâtre doive désespérer qui que ce soit. 


J'aurais pu aussi écrire un drame d'idées et flatter le goût 
du public actuel qui aime à se donner l'illusion de penser. 

J'ai mieux aimé donner un libre cours à cette fan¬ 
taisie qui est ma façon d'interpréter la nature, fantaisie, 
qui selon les jours, se manifeste avec plus ou moins de mélan¬ 
colie, de satire et de lyrisme, mais toujours, et autant qu'il m'est 
possible, avec un bon sens où il y a parfois asse% de nouveauté 
pour qu'il puisse choquer et indigner, mais qui apparaîtra aux 
gens de bonne foi. 

Le sujet est si émouvant à mon avis, qu'il permet même que 
Von donne au mot drame son sens le plus tragique ; mais il tient 
aux Français que, s'ils se remettent à faire des enfants, l'ou¬ 
vrage puisse être appelé, désormais, une farce. Rien ne saurait 
me causer une joie aussi patriotique. N'en doute\ pas, la répu¬ 
tation dont jouirait justement, si on savait son nom, l'auteur 
de la Farce de Maistre Pierre Pathelin m'empêche de 
dormir . 

On a dit que je m'étais servi de moyens dont on use dans 
les revues; je ne vois pas bien à quel moment. Ce reproche 
toutefois n'a rien qui puisse me gêner, car l'art populaire 
est un fonds excellent et je m'honorerais d'y avoir puisé 
si toutes mes scènes ne s'enchaînaient naturellement selon 
la fable que j'ai imaginée et où la situation principale : un 
homme qui fait des enfants, est neuve au théâtre et dans les 


— 14 — 

lettres en général , mais ne doit pas plus choquer que certaines 
inventions impossibles des romanciers dont la vogue est fondée 
sur le merveilleux dit scientifique. 

Pour le surplus, il n'y a aucun symbole dans ma pièce qui 
est fort claire, mais on est libre d’y voir tous les symboles que 
l’on voudra et d’y démêler mille sens comme dans les oracles 
sybillins. 

M. Victor Basch qui n a pas compris, ou n’a pas voulu 
comprendre, quil s'agissait de la repopulation, tient à ce que 
mon ouvrage soit symbolique ; libre à lui. Mais il ajoute : « que 
la première condition d’un drame symbolique c'est que le 
rapport entre le symbole qui est toujours un signe et la chose 
signifiée soit immédiatement discernable ». 

Pas toujours cependant et il y a des œuvres remarquables 
dont le symbolisme justement prête à de nombreuses interpré¬ 
tations qui parfois se contrarient. 

J’ai écrit mon drame surréaliste avant tout pour les Français 
comme Aristophane composait ses comédies pour les Athé¬ 
niens. 

Je leur ai signalé le grave danger reconnu de tous qu’il y a 
pour une nation qui veut être prospère et puissante à ne pas 
faire d’enfants, et pour y remédier je leur ai indiqué qu'il 
suffisait d’en faire. 

M. Deffoux , écrivain spirituel, mais qui m’a l’air d'être un 


— i5 — 


malthusien attardé fait je ne sais quel rapprochement saugrenu 
entre le caoutchouc (i) dont sont faits les ballons et les balles qui 
figurent les mamelles (c'est peut-être là que M. Basch voit un 
symbole) et certains vêtements recommandés par le néo-malthu¬ 
sianisme. Pour parler franc , ils n'ont rien à faire dans la 
question , car il n’y a pas de pays où l’on s'en serve moins 
qu'en France , tandis qu'à Berlin , par exemple , il ne se passe 
pas de jour qiïil ne manque vous en tomber sur la tête pendant 
qu'on se promène dans les rues , tant les Allemands , race encore 
prolifique , en font un grand usage. 

Les autres causes auxquelles avec la limitation des gros- 

(j) Pour me laver de tout reproche touchant l’usage des mamelles en caoutchouc 
voici un extrait des journaux prouvant que ces organes étaient de la plus stricte 
légalité. 

« Interdiction de la vente des tétines autres que celles en caoutchouc 
pur, vulcanisé à chaud. — A la date du 28 février dernier , a été promulguée 
au « Journal officiel » la loi du 26 février 1917. modifiant Varticle I er de la 
loi du 6 avril 1910, qui ne visait que l'interdiction des biberons à tube. 

Le nouvel article I er de cette loi est désormais ainsi conçu : 

<( Sont interdites la vente , la mise en vente, l’exposition et l’importation : 

« i° Des biberons à tube ; * 

a 2° Des tétines et des sucettes fabriquées avec d’autres produits que le 
caoutchouc pur, vulcanisées par un autre procédé que la vulcanisation à chaud , et 
ne portant point, avec la marque du fabricant ou du commerçant, l'indication 
spèciale : « caoutchouc pur ». 

Sont donc seules autorisés les tétines et sucettes fabriquées avec du caout¬ 
chouc bur et vulcanisées à chaud. 


16 — 


sesses par moyens hygiéniques on attribue la dépopulation, 
V alcoolisme par exemple, existe partout ailleurs et dans des pro¬ 
portions bien plus vastes qu’en France. 

Dans un livre récent sur Valcool, M. Yves Guyot ne remar¬ 
quait-il pas que si dans les statistiques de Valcoolisme, la France 
venait au premier rang, VItalie, pays notoirement sobre, venait 
au second rang! Cela permet de mesurer la foi que Von peut 
accorder aux statistiques ; elles sont menteuses et bien fol est 
qui s'y fie. D'autre part n est-il pas remarquable que les pro¬ 
vinces où Von fait en France le plus d'enfants soient justement 
celles qui viennent au premier rang dans les statistiques de V al¬ 
coolisme ! 

La faute est plus grave, le vice est plus profond, caria vérité 
est celle-ci : on ne fait plus d'enfants en France parce qu'on 
n'y fait pas asseç Vamour. Tout est là. 

Mais jenem étendraipas d" avantage sur ce sujet. Il faudrait 
un livre tout entier et changer les mœurs. C'est aux gouver¬ 
nants à agir, à faciliter les mariages, à encourager avant tout 
Vamour fécond, les autres points importants comme celui du 
travail des enfants seront ensuite facilement résolus pour le 
bien et l'honneur du pays . 

Pour en revenir à l'art théâtral, on trouvera dans le pro¬ 
logue de cet ouvrage, les traits essentiels de la dramaturgie 
que je propose. 


— 17 — 


J'ajoute qu’à mon gré cet art sera moderne, simple, rapide 
avec les raccourcis ou les grossissements qui s’imposent si Von 
veut frapper le sp e et acteur. Le sujet sera asseç général pour que 
l’ouvrage dramatique dont il formera le fond puisse avoir une 
influence sur les esprits et sur les mœurs dans le sens du devoir 
et de l’honneur. 

Selon le cas, le tragique l’emportera sur le comique ou inver¬ 
sement. Mais je ne pense pas que désormais, l’on puisse supporter, 
sans impatience, une œuvre théâtrale où ces éléments ne s’oppose¬ 
raient pas, car il y a une telle énergie dans l’humanité d’au jour- 
d’huiet dans les jeunes lettres contemporaines, que le plus grand 
malheur apparaît aussitôt comme ayant sa raison d'être , comme 
pouvant être regardé non seulement sous l’angle d’une ironie bien¬ 
veillante qui permet de rire, mais encore sous l’angle d’un opti¬ 
misme véritable qui console aussitôt et laisse grandir l’espérance . 

Au demeurant, le théâtre n’est pas plus la vie qu’il interprète 
que la roue n’est une jambe. Par conséquent, il est légitime, 
à mon sens, de porter au théâtre des esthétiques nouvelles et 
frappantes qui accentuent le caractère scénique des personnages 
et augmentent la pompe de la mise en scène, sans modifier toute¬ 
fois le pathétique ou le comique des situations qui doivent se 
suffire à elles-mêmes . 

Pour terminer, j’ajoute que, dégageant des velléités littéraires 
contemporaines une certaine tendance qui est la mienne, je ne pré- 


— i8 — 

tends nullement fonder une école y mais avant tout protester contre 
ce théâtre en trompe-l'œil qui forme le plus clair de l'art théâtral 
d’aujourd'hui. Ce trompe-l'œil qui convient, sans doute, au cinéma, 
est, je crois, ce qu'il y a de plus contraire à l'art dramatique. 

J’ajoute y qu'à mon avis, levers qui seul convient au théâtre , est 
un vers souple, fondé sur le rythme, le sujet , le souffle et pou¬ 
vant s’adapter à toutes les nécessités théâtrales. Le drama¬ 
turge ne dédaignera pas la musique de la rime, qui ne doit pas 
être une sujétion dont l'auteur et l’auditeur se fatiguent vite 
désormais, mais peut ajouter quelque beauté au pathétique, au 
comique, dans les chœurs> dans certaines répliques, à la fin de 
certaines tirades, ou pour clore dignement un acte. 

Les ressources de cet art dramatique ne sont-elles pas infir¬ 
mes ? Ilouvre carrière à l'imagination dudramaturge, qui rejetant 
tous les liens qui avaient paru nécessaires ou parfois renouant 
avec une tradition négligée, ne juge pas utile de renier les plus 
grands d'entre ses devanciers . Il leur rend ici l'hommage que 
l'on doit à ceux qui ont élevé l'humanité au-dessus des pauvres 
apparences dont , livrée à elle-même, si elle n'avait pas eu les 
génies qui la dépassent et la dirigent, elle devrait se contenter . 
Mais eux, font paraître à ses yeux des mondes nouveaux 
qui élargissant les horizons, multipliant sans cesse sa vision, 
lui fournissent la joie et Vhonneur de procéder sans cesse aux 
découvertes les plus surprenantes. 


— ï9 


A LOUISE-MARION 

Louise Marion vous fûtes admirable 
Gonflant d'esprit tout neuf vos multiples tétons 

La féconde raison a jailli de ma fable 
Plus de femme stérile et non plus d'avortons 
Votre voix a changé l'avenir de la France 
Et les ventres partout tressaillent d'espérance 


20 


A MARCEL HERRAND 

Vous fûtes le mari sublime ingénieux 
Qui faisant des enfants nous suscite des dieux 
Mieux armés plus unis plus savants plus dociles 
Plus forts et plus hardis que nous n avons été 
La Victoire sourit à leurs destins habiles 
Et célébrant dans Vor dre et la prospérité 
Votre civique sens votre fécondité 
Ils seront tous un jour Vorgueil de la Cité 


A YETA DAESSLÉ 


Étie^vous bien à Zanzibar Monsieur Lacouf 
Qui mourûtes et remourûtes sans dire ouf 

Kiosque remuant qui portiez les nouvelles 
Vous étie% un cerveau pour toutes les cervelles 
Des pauvres spectateurs qui ne le savaient pas 
Qu il leur faut des enfants ou marcher au trépas 

Vous fûtes par deux fois la presse qui féconde 
Le bon sens en Europe ainsi qu'au Nouveau Monde 
Déjà l'écho répète à Venvi vos échos 

Merci chère Daessli 

Les petits moricauds 

Qui pullulaient au 2 e acte de mon drame 
Grâce à vous deviendront de bons petits Français 
Blancs et roses ainsi que vous êtes madame 
Ce sera là notre succès 


22 


A JULIETTE NORVILLE 

Voici le temps Madame cù parlent les gens d'armes 
J’en suis et c'est pourquoi suscitant les alarmes 
J’ai parlé 

Vous étiez, sur votre beau cheval 
Vous représentiez l’ordre et par mont et par val 
Nous faisions que revint dans la race française 
Le goût d'être nombreuse afin de vivre à l’aise 
Ainsi que les enfants du mari de Thérèse 


— 23 — 


A HOWARD 

Fous étiez tout le peuple et gardiez le silence 

Peuple de Zanzibar ou plutôt de la France 
Il faut laisser le goût et garder la raison 
Il faut voyager loin en aimant sa maison 
Il faut chérir Yaudace et chercher Y aventure 
Il faut toujours penser à la France future 
N'espérez nul repos risquez iout votre avo * r 
Apprenez du nouveau car il faut tout savoir 
Lorsque crie un prophète il faut que Y alliez voir 
Et faites des enfants cest le but de mon conte 
L enfant est la richesse et la seule qui compte 



















PERSONNAGES 

AVEC LA DISTRIBUTION DE LA PREMIERE REPRESENTATION 


Le Directeur . 

Thérèse-Thirésias et la Cartomancienne . 
Le mari . 

Le gendarme ........ 

Le journaliste parisien . 

Le fils . 

Le kiosque . ... 

Lacouf . 

Presto . 

Le peuple de Zanzibar . 

Une dame .. 


Les chœurs 


Edmond Vallée 
Louise-Marion 
Marcel Herrand 
(Jean Thillois) 
Juliette Norville 
Yéta Daesslé 


Edmond Vallée 
Howard 

Georgette Dubuet 
| Niny Guyard, 

\ Maurice Lévy, 

) Max Jacob, 

( Paul Mûrisse, etc. 


A Zanzibar de nos jours. 


A la première représentation les décors et les costumes étaient de 
M. Serge Férat, M lle Niny Guyard était au piano, la partition d’orchestre 
n’ayant pu être exécutée à cause de la rareté des musiciens en temps de 
guerre. 


















PROLOGUE 


Devant le rideau baissé, le Directeur de la Troupe, en habit, une canne de tranchée à la 
main sort du trou du souffleur. 



SCÈNE UNIQUE 


LE DIRECTEUR DE LA TROUPE 

Me voici donc revenu parmi vous 

J’ai retrouvé ma troupe ardente 

J’ai trouvé aussi une scène 

Mais j’ai retrouvé avec douleur 

L’art théâtral sans grandeur sans vertu 

Qui tuait les longs soirs d’avant la guerre 

Art calomniateur et délétère 

Qui montrait le péché non le rédempteur 

Puis le temps est venu le temps des hommes 
J’ai fait la guerre ainsi que tous les hommes 

C’était au temps où j’étais dans l’artillerie 
Je commandais au front du nord ma batterie 


— 32 


Un soir que dans le ciel le regard des étoiles 
Palpitait comme le regard des nouveau-nés 
Mille fusées issues de la tranchée adverse 
Réveillèrent soudain les canons ennemis 

Je m’en souviens comme si cela s’était passé hier 

J’entendais les départs mais non les arrivées 

Lorsque de l’observatoire d’artillerie 

Le trompette vint à cheval nous annoncer 

Que le maréchal des logis qui pointait 

Là-bas sur les lueurs des canons ennemis 

L’alidade de triangle de visée faisait savoir 

Que la portée de ces canons était si grande 

Que l’on n’entendait plus aucun éclatement 

Et tous mes canonniers attentifs à leurs postes 

Annoncèrent que les étoiles s'éteignaient une à une 

Puis l’on entendit de grands cris parmi toute l’armée 


ILS ÉTEIGNENT LES ÉTOILES A COUP DE CANON 


— 33 — 


Les étoiles mouraient dans ce beau ciel d’automne 
Comme la mémoire s’éteint dans le cerveau 
De ces pauvres vieillards qui tentent de se souvenir 
Nous étions là mourant de la mort des étoiles 
Et sur le front ténébreux aux livides lueurs 
Nous ne savions plus que dire avec désespoir 

ILS ONT MÊME ASSASSINÉ LES CONSTELLATIONS 

Mais une grande voix venue d'un mégaphone 
Dont le pavillon sortait 

De je ne sais quel unanime poste de commandement 
La voix du capitaine inconnu qui nous sauve toujours cria 

IL EST GRAND TEMPS DE RALLUMER LES ÉTOILES 

Et ce ne fut qu’un cri sur le grand front français 

AU COLLIMATEUR A VOLONTÉ 

Les servants se hâtèrent 
Les pointeurs pointèrent 


- 3 4 - 


Les tireurs tirèrent 

Et les astres sublimes se rallumèrent l’un après l’autre 
Nos obus enflammaient leur ardeur éternelle 
L’artillerie ennemie se taisait éblouie 
Par le scintillement de toutes les étoiles 

Voilà voilà l’histoire de toutes les étoiles 

Et depuis ce soir-là j’allume aussi l’un après l’autre 
Tous les astres intérieurs que l’on avait éteints 

Me voici donc revenu parmi vous 

Ma troupe ne vous impatientez pas 

Public attendez sans impatience 

Je vous apporte une pièce dont le but est de réformer les mœurs 

Il s’agit des enfants dans la famille 

C’est un sujet domestique 

Et c’est pourquoi il est traité sur un ton familier 


— 35 — 


Les acteurs ne prendront pas de ton sinistre 

Ils feront appel tout simplement à votre bon sens 

Et se préoccuperont avant tout de vous amuser 

Afin que bien disposés vous mettiez à profit 

Tous les enseignements contenus dans la pièce 

Et que le sol partout s’étoile de regards de nouveau-nés 

Plus nombreux encore que les sçintillements d’étoiles 

Ecoutez ô Français la leçon de la guerre 
Et faites des enfants vous qui n’en faisiez guère 

On tente ici d’infuser un esprit nouveau au théâtre 
Une joie une volupté une vertu 

Pour remplacer ce pessimisme vieux de plus d’un siècle 

Ce qui est bien ancien pour une chose si ennuyeuse 

La pièce a été faite pour une scène ancienne 

Car on ne nous aurait pas construit de théâtre nouveau 

Un théâtre rond à deux scènes 

Une au centre l'autre formant comme un anneau 

Autour des spectateurs et qui permettra 


— 36 


Le grand déploiement de notre art moderne 
Mariant souvent sans lien apparent comme dans la vie 
Les sons les gestes les couleurs les cris les bruits 
La musique la danse l’acrobatie la poésie la peinture 
Les c hœurs les actions et les décors multiples 

Vous trouverez ici des actions 

Qui s’ajoutent au drame principal et l’ornent 

Les changements de tons du pathétique au burlesque 

Et l’usage raisonnable des invraisemblances 

Ainsi que des acteurs collectifs ou non 

Qui ne sont pas forcément extraits de l’humanité 

Mais de l’univers entier 

Car le théâtre ne doit pas être un art en trompe-l’œil 

Il est juste que le dramaturge se serve 
De tous les mirages qu’il a à sa disposition 
Comme faisait Morgane sur le Mont-Gibel 


— 3 7 — 


Il est juste qu’il fasse parler les foules les objets inanimés 
S'il lui plaît 

Et qu'il ne tienne pas plus compte du temps 
Que de l’espace 

Son univers est sa pièce 
A l’intérieur de laquelle il est le dieu créateur 
Qui dispose à son gré 

Les sons les gestes les démarches les masses les couleurs 
Non pas dans le seul but 

De photographier ce que Ton appelle une tranche de vie 

Mais pour faire surgir la vie même dans toute sa vérité 

Car la pièce doit être un univers complet 

Avec son créateur 

C’est à dire la nature même 

Et non pas seulement 

La représentation d’un petit morceau 

De ce qui nous entoure ou de ce qui s’est jadis passé 


38 - 


Pardonnez-moi mes amis ma troupe 

Pardonnez-moi cher Public 

De vous avoir parlé un peu longuement 

Il y a si longtemps que je m’étais retrouvé parmi vous 

Mais il y a encore là-bas un brasier 
Où Ton abat des étoiles toutes fumantes 
Et ceux qui les rallument vous demandent 
De vous hausser jusqu’à ces flammes sublimes 
Et de flamber aussi 

O public 

Soyez la torche inextinguible du feu nouveau 


ACTE PREMIER 


La place du marché de Zanzibar, le matin. Le décor représente des maisons, une 
échappée sur le port et aussi ce qui peut évoquer aux Français l’idée du jeu de Zanzibar. 
Un mégaphone en forme de cornet à dés et orné de dés est sur le devant de la scène 
Du côté cour, entrée d’une maison ; du côté jardin, un kiosque de journaux avec une nom¬ 
breuse marchandise étalée et sa marchande figurée dont le bras peut s’animer; il est encore 
orné d’une glace sur le côté qui donne sur la scène. Au fond, le personnage collectif et muet 
qui représente le peuple de Zanzibar est présent dès le lever du rideau. Il est a6si» sur un 
banc. Une table est à sa droite et il a sous la main les instruments qui lui serviront à 
mener tel bruit au moment opportun : revolver, musette, grosse caisse, accordéon, tambour, 
tonnerre, grelots, castagnettes, trompette d’enfant, vaisselle cassée. Tous les bruits indiqués 
comme devant être produits au moyen d’un instrument sont menés par le peuple de Zanzi¬ 
bar et tout ce qui est indiqué comme devant être dit au mégaphone doit être crié au public. 




* 










OUVERTURE 


AU« ro 






















































































































































































































































































SCÈNE PREMIÈRE 

LE PEUPLE DE ZANZIBAR, THÉRÈSE 

THÉRÈSE 

Visage bleu, longue robe bleue ornée de singes et de fruits peints. Elle entre 
dès que le rideau est levé, mais dès que le rideau commence à se lever, elle 
cherche à dominer le tumulte de l’orchestre. 

4on Monsieur mon mari 

/bus ne me ferez pas faire ce que vous vouiez 

Chuintement 

e suis féministe et je ne reconnais pas l'autorité de l’homme 

Chuintement 

)u reste je veux agir à ma guise 

1 y a assez longtemps que les hommes font ce qui leur plaît 
Yprès tout je veux aussi aller me battre contre les ennemis 
*ai envie d’être soldat une deux une deux 
e veux faire la guerre Tonnerre et non pas faire des entants 
'Ion Monsieur mon mari vous ne me commanderez plus 

Elle se courbe trois fois, derrière au pubNc 

^.u mégaphone 

Ze n’est pas parce que vous m’avez fait la cour dans le Connecticut 
due je dois vous faire la cuisine à Zanzibar 


4 6 - 


VOIX DU MARI 

Accent belge 

Donnez-moi du lard je te dis donnez-moi du lard 

Vaisselle cassée 

THÉRÈSE 

Vous l’entendez il ne pense qu’à l’amour 

Elle a une crise de nerf* 

Mais tu ne te doutes pas imbécile 

Eternûment 

Qu'après avoir été soldat je veux être artiste 

Eternûment 

Parfaitement parfaitement 

Eternûment 

Je veux être aussi député avocat sénateur 

Deux éternûments 

Ministre président de la chose publique 

Eternûment 

Et je veux médecin physique ou bien psychique 
Diafoirer à mon gré l’Europe et l’Amérique 
Faire des enfants faire la cuisine non c’est trop 

Elle caquette 

Je veux être mathématicienne philosophe chimiste 
Groom dans les restaurants petit télégraphiste 
Et je veux s’il me plaît entretenir à l’an 
Cette vieille danseuse qui a tant de talent. 

Eternûment caquetage, après quoi elle imite le bruit du chemin de fer. 



THÉJIÈSE-TIRÉSIÀS 








VOIX DU MARI 


Accent belge 


Donnez-moi du lard je te dis donnez-moi du lard 

THÉRÈSE 

Vous l’entendez il ne pense qu’à l'amour 

Petit air de musette 

Mange-toi les pieds à la Sainte-Menehould 

Grosse caisse 

Mais il me semble que la barbe me pousse 
Ma poitrine se détache 

... Elle pousse un grand cri 

et entrouvre sa blouse dont ti en sort ses mamelles, l’une rouge, l’autre bleue et, comme 
elle les lâche, elles s’envolent, ballons d’enfants, mais restent retenues 
par les fils 

Envolez-vous oiseaux de ma faiblesse 
Et cætera 

Comme c’est joli les appas féminins 
C’est mignon tout plein 
On en mangerait 

Elle tire te fil dej ballons et les fait danser 

Mais trêve de bêtises 

Ne nous livrons pas à l’aéronautique 

Il y a toujours quelque avantage à pratiquer la vertu 


— 5o — 


Le vice est après tout une chose dangereuse 
C’est pourquoi il vaut mieux sacrifier une beauté 


Qui peut être une occasion de pêché 


Débarrassons-nous de nos mamelles 


Elle allume un 


briquet et le» fait exploser, puis elle fait une belle grimace avec double 
pied de nez aux spectateurs et leur jette des balles qu'elle a dans 6on 
corsage 


Qu’est-ce à dire 

Non seulement ma barbe pousse mais ma moustache aussi 

Elle caresse sa barbe et retrousse sa moustache qui ont brusquement pousse 


Eh diable 

J’ai l’air d’un champ de blé qui attend la moissonneuse mécanique 

Au mégaphone 

Je me sens viril en diable 
Je suis un étalon 
De la tête aux talons 
Me voilà taureau 

San» mégaphone 

Me ferai-je torero 
Mais n'étalons 

Pas mon avenir au grand jour héros 
Cache tes armes 


— 5r — 


Et toi mari moins viril que moi 
Fais tout le vacarme 
Que tu voudras 

Tout en caquetant, elle va se raiTer dans la ^lace placée sur le kiosque à journaux. 


SCÈNE II 

LE PEUPLE DE ZANZIBAR, THÉRÈSE, LE MARI 


LE MARI 


entre avec un gros bouquet de fleurs, voit qu’elle ne ;le regarde pas et jette les fleurs dans 
la salle. A partir d’ici le mari perd l’accent belge 

Je veux du lard je te dis 

THÉRÈSE 

Mange tes pieds à la Sainte-Menehould 


I,E MARI 


Pendant qu’il parle Thérèse hausse le ton de ses caquetages 

Il s’approche comme pour la gifler puis sn riant 


Ah mais ce n’est pas Thérèse ma femme 


Un temps puis sévèrement. Au mégaphone.. 

Quel malotru a mis ses vêtements 


— 52 — 


Il va l’examiier et revient. Au mégaphpne. 

Aucun doute c’est un assassin et il l’a tuée 

Sans mégaphone 

Thérèse ma petite Thérèse où es-tu 

Il réfléchit la tête dans les mains, puis campé, les poings sur les hanches 

Mais toi vil personnage qui t’es déguisé en Thérèse je te tuerai 

Ils se battent, elle a raison de lui 


THÉRÈSE 

Tu as raison je ne suis plus ta femme 


Par exemple 


LE MARI 


THÉRÈSE 

Et cependant c’est moi qui suis Thérèse 


Par exemple 


LE MARI 


THÉRÈSE 

Mais Thérèse qui n’est plus femme 


C’est trop fort 


LE MARI 


— 53 — 


THÉRÈSE 

Et comme je suis devenu un beau gars 

LE MARI 

Détail que j'ignorais 

THÉRÈSE 

Je porterai désormais un nom d’homme 
Tirésias 

LE MARI Les mains jointes 

Adiousias 


Elle sort 


SCÈNE III 

LE PEUPLE DE ZANZIBAR, LE MARI 

VOIX DE TIRÉSIAS 

Je déménage 

LE MARI 

Adiousias 

Elle jette successivement par la fenêtre un pot de chambre, un bassin et un urinai. Le mari 
ramasse le pot de chambre 

Le piano 

Il ramasse l’urinal 

Le violon. 

Il ramasse le bassin 

L’assiette au beurre la situation devient grave 


54 — 


SCENE IV 

LES MÊMES, TIRÉSIAS, LACOUF, PRESTO 

Tirésias revient avec des vêtements, une corde, des objets hétéroclites. Elle jette tout, 
se précipite sur le mari. Sur la dernière réplique du mari, Presto et Lacouf armés de 
brownings en carton sont sortis gravement de dessous la scène et s’avancent dans la salle, 
cependant que Tirésias maîtrisant son mari, lui ôte son pantalon, se déshabille, lui passe 
sa jupe, le ligotte, se pantalonne, se coupe les cheveux et metnn chapeau haut ds forme. 
Ce jeu de scène dure jusqu’au premier coup de revolver. 

MARCHE FUNÈBRE 

Très leat. 

Etouffé. 



- Tteifb * .A 










































— 55 — 


PRESTO 

Avec vous vieux Lacouf j’ai perdu au zanzi 
Tout ce que j’ai voulu 

LACOUF 

Monsieur Presto je n’ai rien gagné 

Et d’abord Zanzibar n’est pas en question vous êtes à Paris 


A Zanzibar 

PRESTO 

A Paris 

LACOUF 

C’en est trop 

Après dix ans d’amitié 

PRESTO 


Et tout le mal que je n’ai cessé de dire sur votre compte 

LACOUF 

Tant pis vous ai-je demandé de la réclame vous êtes à Paris 

PRESTO 

A Zanzibar la preuve c’est que j’ai tout perdu 


56 — 


LACOUF 

Monsieur Presto il faut nous battre 


PRESTO 

Il le faut Us montent gravement sur la scène et se rangent au fond l’un vis-à-vis de l'autre 


A armes égales 
A volonté 


LACOUF 

PRESTO 


Tous les coups sont dans la nature 

Ils se visent. Le peuple de Zanzibar tire deux coups de revolver et iis tombent 


TIRÉSIAS qui est prêt, tressaille au bruit et s’écrie 

Ah chère liberté te voilà enfin conquise 
Mais d’abord achetons un journal 
Pour savoir ce qui vient de se passer 

Elle achète un journal et le lit ; pendant ce temps le peuple de Zanzibar place une 
pancarte de chaque côté de la scène 

PANCARTE POUR PRESTO 

Comme il perdait au Zanzibar 
Monsieur Presto a perdu son pari 
Puisque nous sommes à Paris 


— 57 — 

PANCARTE POUR LACOUF 
Monsieur Lacouf n'a rien gagné 
Puisque la scène se passe à Zanzibar 
Autant que la Seine passe à Paris 

Dès que le peuple de Zanzibar est revenu à son poste, Presto et Lacouf se redressent, 
le peuple de Zanzibar tire un coup de revolver et les duellistes retombent. 
Tirésias étonné jette le journal. Au mégaphone 

Maintenant à moi l’univers 

A moi les femmes à moi l’administration 

Je vais me faire conseiller municipal 

Mais j’entends du bruit 

Il vaut peut-être mieux s’en aller' 

Elle sort en caquetant tandis que le mari imite le bruit de la locomotive en 
marche. 

SCÈNE V 

LE PEUPLE DE ZANZIBAR, LE MARI, LE GENDARME 

LE GENDARME 

Tandis que le peuple de Zanzibar joue de l’accordéon, le gendarme à cheval cara¬ 
cole, tire un mort dans la coulisse de façon à ce que ses pieds seuls restent 
visibles, fait le tour de la scène, agit de même avec l’autre mort, fait une seconde 
fois le tour de la scène et apercevant le mari ficelé sur le devant de la scène 

Ça sent le crime ici 


— 58 — 

LE MARI 

Ah ! puisque enfin voici un agent de l’autorité 

Zanzibarienne 

Je vais 1 interpeller 

Eh Monsieur si c’est une affaire que vous me cherchez 

Ayez donc l’obligeance de prendre 

Mon livret militaire dans ma poche gauche 

LE GENDARME 

Au mégaphone 

La belle fille 

Sans mégaphone 

Dites ma belle enfant 

Qui donc vous a traitée si méchamment 

LE MARI A part 

Il me prend pour une demoiselle 

Au gendarme 

Si c’est un mariage que vous me cherchez 

Le gendarme met la main sur son cœur 

Commencez donc par me détacher 

Le gendarme le délie en le chatouillant, ils rient et le gendarme répète toujours 

Quelle belle fille 



LACOUF 












6i — 


SCÈNE VI 

Les mêmes, PRESTO, LACOUF 

Dès que le gendarme commence à détacher le mari, Presto et Lacouf reviennent 
à l’endroit où ils sont tombés précédemment. 

PRESTO 

Je commence à en avoir assez d'être mort 
Dire qu’il y a des gens 

Qui trouvent qu’il est plus honorable d'être mort que vif 

LACOUF 

Vous voyez bien que vous notiez pas à Zanzibar 

PRESTO 

C'est pourtant là que l'on voudrait vivre 
Mais ça me dégoûte de nous être battus en duel 
Décidément on regarde la mort 
D'un œil trop complaisant 

LACOUF 

Que voulez»vous on a trop bonne opinion 
De h humanité et de ses restes 
Est-ce que les selles des bijoutiers 
Contiennent des perles et des diamants 


— 62 — 

PRESTO 

On a vu des choses plus extraordinaires 

LACOUF 

Bref Monsieur Presto 

Les paris ne nous réussissent pas 

Mais vous voyez bien que vous étiez à Paris 

PRESTO 

A Zanzibar 

LACOUF 

En joue 

PRESTO 

Feu 

Le peuple de Zanzibar tire un coup de revolver et ils tombent. Le gendar n 
a fini de délier le mari 

LE GENDARME 

Je vous arrête 


Presto et Lacouf se sauvent du côté opposé d’où ils sont revenus. Accordéon 


— 63 — 


SCÈNE VII 

LE PEUPLE DE ZANZIBAR, LE GENDARME, 

LE MARI habillé en femme 

LE GENDARME 
Les duellistes du paysage 

Ne m’empêcherons pas de dire que je vous trouve 
Agréable au toucher comme une balle en caoutchouc 


Atchou 

LE MARI 

Vaisselle cassée. 


LE GENDARME 

Un rhume c’est exquis 

LE MARI 


Atchi 

Tambour. Le mari il relève sa jupe qui le gêne. 

Femme légère 

LE GENDARME 

11 cligne de l’œil 


Qu’importe puisque c’est une belle fille 


64 — 


LE MARI à part 

Ma foi il a raison 

Puisque ma femme est homme 

Il est juste que je sois femme 

Au gendarme pudiquement. 

Je suis une honnête femme-monsieur 

Ma femme est un homme-madame 

Elle a emporté le piano le violon l’assiette au beurre 

Elle est soldat ministre merdecin 


Mère des seins 


LE GENDARME 


LE MARI 

Ils ont fait explosion mais elle est plutôt merdecine 


LE GENDARME 

Elle est mère des cygnes 

Ah ! combien chantent qui vont périr 

Ecoutez 

Musette, air triste.. 


LE MARI 

Il s’agit après tout de l’art de guérir les hommes 


— 65 


La musique s’en chargera 
Aussi bien que toute autre panacée 

LE GENDARME 
Ça va bien pas de rouspétance 

LE MARI 

Je me refuse à continuer la conversation 

Au mégaphone 

Où est ma femme 

VOIX DE FEMMES dans les coulisses 

Vive Tirésias 

Plus d’enfants plus d’enfants 

Tonnerre et grosse caisse 

Le mari fait une grimace aux spectateurs et met à son oreille une main en cornet 
acoustique, tandis que le gendarme, tirant une pipe de sa poche, la lui offre. 
Grelots 

LE GENDARME 
Eh ! fumez la pipe bergère 
Moi je vous jouerai du pipeau 

LE MARI 

Et cependant la Boulangère 

Tous les sept ans changeait de peau 


— 66 — 


LE GENDARME 

Tous les sept ans elle exagère 

Le peuple de Zanzibar accroche une pancarte contenant cette ritournelle 
reste là 

Eh ! fumez, la pipe Bergère 
Moi je vous jouerai du pipeau 
Et cependant la Boulangère 
Tous les 7 ans changeait de peau 
Tous les 7 ans elle exagère 

LE GENDARME 

Mademoiselle ou Madame je suis amoureux fou 
De vous 

Et je veux devenir votre époux 

LE MARI 

Atchou 

Mais ne voyez-vous pas que je ne suis qu’un homme 

LE GENDARME 
Nonobstant quoi je pourrais vous épouser 
Par procuration 


LE MARI 


Sottises 

Tous feriez mieux de faire des enfants 
LE GENDARME 

Ah ! par exemple 

VOIX D HOMMES dans les coulisses 

Vive Tirésias 

Vive le général Tirésias 

Vive le député Tirésias 

L'accordéon joue une marche militaire 
VOIX DE FEMMES dans les coulisses 

Plus d’enfants Plus d’enfants 

r 

SCÈNE VIII 

Les mêmes, LE KIOSQUE 

Le kiosque où s’anime le bris de la marchande se déplace lentement vers l’autra bout 
de la scène 

LE MARI 

Fameux représentant de toute autorité 
Vous l’entendez c’est dit je crois avec clarté 
La femme à Zanzibar veut des droits politiques 


— 68 


Et renonce soudain aux amours prolifiques 
Vous l'entendez crier Plus d'enfants Plus d’enfants 
Pour peupler Zanzibar il suffit d'éléphants 
De singes de serpents de moustiques d’autruches 
Et stériles comme est l'habitante des ruches 
Qui du moins fait la cire et butine le miel 
La femme n’est qu’un neutre à la face du ciel 
Et moi je vous le dis cher Monsieur le gendarme 

Au mégaphone 

Zanzibar a besoin d'enfants sans mégaphone donnez l’alarme 

Criez au carrefour et sur le boulevard 

Qu'il faut refaire des enfants à Zanzibar 

La femme n’en fait plus Tant pis Que l'homme en fasse 

Mais oui parfaitement je vous regarde en face 

Et j’en ferai moi 

LE GENDARME ET LE KIOSQUE 

Vous 


LE KIOSQUE Amég^phone que lui tend le mari 

Elle sort un bobard 

Bien digne qu’on l’entende ailleurs qu'à Zanzibar 



LE KIOSQU* 























Vous qui pleurez voyant la pièce 
Souhaitez les enfants vainqueurs 
Voyez l’impondérable ardeur 
Naître du changement de sexe 

LE MARI 

Revenez dès ce soir voir comment la nature 
Me donnera sans femme une progéniture 

LE GENDARME 

Je reviendrai ce soir voir comment la nature 
Vous donnera sans femme une progéniture 
Ne faites pas qu’en vain je croque le marmot 
Je reviens dès ce soir et je vous prends au mot 

LE KIOSQUE 

Comme est ignare le gendarme 
Qui gouverne le Zanzibar 
Le music-hall et le grand bar 
N’ont-ils pas pour lui plus de charmes 
Que repeupler le Zanzibar 


72 — 


SCÈNE VIII 

LES MÊMES, PRESTO 


PRESTO chatouillant le mari 

Comment faut-il que tu les nommes 
Elles sont tout ce que nous sommes 
Et cependant ne sont pas hommes 

LE GENDARME 

Je reviendrai ce soir voir comment la nature 
Vous donnera sans femme une progéniture 

LE MARI 

Revenez donc ce soir voir comment la nature 
Me donnera sans femme une progéniture 

TOUS en chœur 

Ils dansent, le mari et le gendarme accouplés, Presto et le kiosque accouplés et 
changeant parfois de compagnons. Le peuple de Zanzibar danse seul en jouant 
de l’accordéon 

Eh I fumez la pipe Bergère 


- 73 - 


Moi je vous jouerai du pipeau 
Et cependant la Boulangère 
Tous les sept ans changeait de peau 
Tous les sept ans elle exagère 

RIDEAU 





ACTE II 




Au même endroit, le même jour, au moment du coucher du soleil. Le même décor 
orné de nombreux berceaux où sont les nouveau nés. Un berceau est vide aup ès d’une 
bouteille d’encre énorme, d’un pot à colle gigantesque, d’un porte-plume démesuré 
et d'une paire de ciseaux de bonne taille. 


CHŒURS 


I. Chœur du fond de la salle. 

II. » de droite. 

III. » de gauche. 


Lamentablement 

sostenuto 




































J 




J 






























































ENTR’ACTE 


tranquille. 






j- h — 




K__ i ' 

W/T 








i s -f + 



* 1 0 +-è + i + i t i 





































































































































































SCÈNE PREMIÈRE 

LE PEUPLE DE ZANZIBAR, LE MARI 


LE MARI 

Il tient un enfant dans chaque bras. Cris continus d’enfants sur la scène, dans les 
coulisses et dans la salle pendant toute la scène ad libitum. On indique seulement 
quand et où ils redoublent. 

Ah ! c’est fou les joies de la paternité 
40.049 enfants en un seul jour 
Mon bonheur est complet 
Silence silence 

Cris d’enfants au fond de la scène. 

Le bonheur en famille 
Pas de femme sur les bras 

Il laisse tomber les enfants 

Silence 

Cris d’enfants sur le côté gauche de la salle. 

C’est épatant la musique moderne 

Presque aussi épatant que les décors des nouveaux peintres 
Qui florissent loin des Barbares 


J 



LE GENDARME 










. \ 









A Zanzibar 

Pas besoin d’aller aux ballets russes ni au Vieux-Colombier 


Silence silence 

Cria d’enfants sur le côté droit de la salle 

Grelots 


Il faudrait peut-être les mener à la baguette 
Mais il vaut mieux ne pas brusquer les choses 
Je vais leur acheter des bicyclettes 
Et tous ces virtuoses 
Iront faire 
Des concerts 


En plein air 

Peu à peu les enfants se taisent, il applaudit 

Bravo bravo bravo 


Entrez 

On frappe 

LES MÊMES, 

SCÈNE 11 

LE JOURNALISTE PARISIEN 


LE JOURNALISTE 


Sa figure est nue, il n’a que la bouche. Il entre en dansant. Accordéon 

Hands up 


— 86 — 

Bonjour Monsieur le mari 

Je suis correspondant d’un journal de Paris 

LE MARI 

De Paris 

Soyez le bienvenu 


LE JOURNALISTE fait le tour de la scène en dansant 

Les journaux de Paris au mégaphone ville de l’Amérique 

Sans mégaphone 

Hourra 

Un coup de revolver, le journaliste déploie le drapeau 

Ont annoncé que vous avez trouvé 
Le moyen pour les hommes 
De faire des enfants 


Cela est vrai 
Et comment ça 


LE MARI 

Le journaliste replie le drapeau et s’en fait une 


LE JOURNALISTE 


LE MARI 


américain 


ceinture. 


La volonté Monsieur elle nous mène à tout 


- «7 - 

LE JOURNALISTE 


Sont-ils nègres ou comme tout le monde 

LE MARI 

Tout cela dépend du point de vue où Ton se place 

Castagnettei. 


LE JOURNALISTE 

Vous êtes riche sans doute 

Il fait un tour de danse 

LE MARI 

Point du tout 


LE JOURNALISTE 
Comment les élèverez-vous? 


LE MARI 

Après les avoir nourris au biberon 
J’espère que ce sont eux qui me nourriront 

LE JOURNALISTE 

En somme vous êtes quelque chose comme une fille-père 
Ne serait-ce pas chez vous instinct paternel maternisé 

LE MARI 

Non c’est cher Monsieur tout à fait intéressé 


— 88 


L’enfant est la richesse des ménages 

Bien plus que la monnaie et tous les héritages 

Le journaliste note 

Voyez ce tout petit qui dort dans son berceau 

L'enfant crie, Le journaliste va le voir sur la pointe des pieds. 

Il se prénomme Arthur et m’a déjà gagné 
Un million comme accapareur de lait caillé 

Trompette d'enfant 

LE JOURNALISTE 

Avancé pour son âge 

LE MARI 

Celui-là Joseph l'enfant crie est romancier 

Le journaliste va voir Joseph 

Son dernier roman s’est vendu à 600.000 exemplaires 
Permettez que je vous en offre un 

Descend "un grand livre-pancarte'à plusieurs feuillets sur lesquels on lit au premier 
feuillet : 

Quelle chance ! 

Roman 


LE MARI 


Lisez-le à votre aise 

Le journaliste se couche, le mari tourne les autres feuillets sur lesquels on lit à 
raison d’un mot par feuillet. 


Une dame qui s'appelait Cambron 


- 8 9 - 

LE JOURNALISTE se relève et au mégaphone 

Une dame qui s’appelait Cambron 

Il rit au mégaphone sur les quatre voyelles : a, é, i, o. 
LE MARI 

Il y a cependant là une manière polie de s’exprimer 

LE JOURNALISTE Sans mégaphone 

Ah ! ah ! ah ! ah ! 

LE MARI 

Une certaine préciosité 

LE JOURNALISTE 

Eh! eh ! 

LE MARI 

Qui ne court point les rues 

LE JOURNALISTE 


Hands up 


LE MARI 


Enfin tel qu’il est 

Le roman m’a rapporté 

Près de 200.000 francs 

Plus un prix littéraire 

Composé de 20 caisses de dynamite 





Au revoir 


LE JOURNALISTE ** «tire à reculons. 


LE MARI 

N’ayez pas peur elles sont dans mon cotfre-fort à la banque 
LE JOURNALISTE 

Ail right 

Vous n’avez pas de fille 

LE MARI 

Si fait celle-ci divorcée 

Elle crie. Le journaliste va la voir 

Du roi des pommes de terre 

En reçoit une rente de 100.000 dollars 

Et celle-ci (elle crie) plus artiste que quiconque à Zanzibar 

Le journaliste s’exerce à boxer 

Récite de beaux vers par les mornes soirées 
Ses feux et ses cachets lui rapportent chaque an 
Ce qu’un poète gagne en cinquante mille ans 

LE JOURNALISTE 
Je vous félicite my dear 
Mais vous avez de la poussière 


9 ‘ 


Sur votre cache-poussière 

Le mari sourit comme pour remercier le journaliste qui tient le grain de poussier* 
à la main 

Puisque vous êtes si riche prê ez moi cent sous 

LE MARI 

Remettez la poussière 

Tous les enfants crient. Le mari chasse le journaliste à coups de pied Celui-ci sort 
en dansant. 


SCÈNE III 

LE PEUPLE DE ZANZIBAR, LE MARI 

LE MARI 

Eh oui c’est simple comme un périscope 
Plus j’aurai d’enfants 

Plus je serai riche et mieux je pourrai me nourrir 

Nous disons que la morue produit assez d’œufs en un jour 

Pour qu’éclos ils suffisent à nourrir de brandade et d’aioli 

Le monde entier pendant une année entière 

N’est ce pas que c’est épatant d’avoir une nombreuse famille 

Quels sont donc ces économistes imbéciles 



— 92 — 


Qui nous ont fait croire que l’enfant 

C’était la pauvreté 

Tandis que c’est tout le contraire 

Est-ce qu’on a jamais entendu parler de morue morte dans la misère 

Aussi vais-je continuer à faire des enfants 

Faisons d’abord un journaliste 

Comme ça je saurai tout 

Je devinerai le surplus 

Et j’inventerai le reste 

Il se met à déchirer avec la bouche et les mains des journaux, il trépigne. Son jeu 
doit être très rapide. 

Il faut qu’il soit apte à toutes les besognes 
Et puisse écrire pour tous les partis 

Il met les journaux déchirés dans le berceau vide. 

Quel beau journaliste ce sera 
Reportage articles de fond 
Et cœtera 

Il lui faut un sang puisé dans l’encrier 

Il prend la bouteille d’encre et la verse dans le berceau. 

Il lui faut une épine dorsale 

Il met un énorme porte-plume dans le berceau. 

De la cervelle pour ne pas penser 

Il verse le pot à colle dans le berceau. 


— 9 3 — 


Une langue pour mieux baver 

Il met les ciseaux dans le berceau. 

Il faut encore qu’il connaisse le chant 
Allons chantez 

Tonnerr*. 


SCÈNE IV 


Les mêmes, LE FILS 

Le mari répète : « une, Jeux !» jusqu’à la fin du monologue du fils.Cette scène se passe très 
rapidement. 


LE FILS se dressant dans le berceau 

Mon cher Papa si vous voulez savoir enfin 

Tout ce qu’ont fait les aigrefins 

Faut me donner un petit peu d'argent de poche 

L'arbre d’imprimerie étend feuilles et feuilles 

Qui vous claquent au vent comme des étendards 

Les journaux ont poussé faut bien que tu les cueilles 

Fais-en de la salade à nourrir tes moutards 

Si vous me donnez cinq cents francs 

Je ne dis rien de vos affaires 

Sinon je dis tout je suis franc 


— 94 — 


Et je compromets père sœurs et frères 

J’écrirai que vous avez épousé 

Une femme triplement enceinte 

Je vous compromettrai je dirai 

Que vous avez volé tué donné sonné barbé 


LE MARI 


Bravo voilà un maître chanteur 

LE FILS 

Mes chers parents en un seul homme 
Si vous voulez savoir ce qui s’est passé hier soir 


Le fils sort du berceau 


Voici 


Un grand incendie a détruit les chutes du Niagara 


Tant pis 


LE MARI 


LE FILS 

Le beau constructeur Alcindor 
Masqué comme les fantassins 
Jusqu’à minuit joua du cor 
Pour un parterre d’assassins 


- 9 5 - 


Et je suis sûr qu'il sonne encore 

LE MARI 

Pourvu que ce ne soit pas dans cette salle 

LE FILS 

Mais la Princesse de Bergame 
Epouse demain une dame 
Simple rencontre de métro 

LE MARI 

Que m'importe est-ce que je connais ces gens-là 
Je veux de bonnes informations qui me parlent de mes 


LE FILS II fait remuer un berceau. 

On apprend de Montrouge 
Que Monsieur Picasso 
Fait un tableau qui bouge 
Ainsi que ce berceau 

LE MARI 

Et vive le pinceau 
b ami Picasso 


Castagnettes. 


amis 


O mon fils 

A une autre fois je connais maintenant 

Suffisamment 

La journée d’hier 

LE FILS 

Je m’en vais afin d’imaginer celle de demain 


Bon voyage 

Exit le 61s. 


LE MARI 


SCÈNE V 

LE PEUPLE DE ZANZIBAR, LE MARI 


LE MARI 

Celui-ci n'est pas réussi 
J’ai envie de le déshériter 

A ce moment arrivent des radios-pancartes. 

Ottawa 

incendie établissements j.c.b stop 20000 poèmes en prose consumés 
stop président envoie condoléances 


— 97 “ 


rome 

h.nr.m.t.ss. directeur villa médicis achève portrait SS 

avignon 

grand artiste g'.rg.s braque vient inventer procédé culture intensive 
des pinceaux. 

vancouver retardé dans la transmission 

Chiens monsieur Paul Léaut..d en grève 
LE MARI 


Assez assez 

Quelle fichue idée j’ai eue de me fier à la Presse 
Je vais être dérangé 
Toute la sainte journée 
Il faut que ça cesse 

Au mégaphor e 

Allô allô Mademoiselle 

Je ne suis plus abonné au téléphone 

Je me désabonne 

Sans mégaphone 

Je change de programme pas de bouches inutiles 

Economisons économisons 

Avant tout je vais faire un enfant tailleur 


J 


Je pourrai bien vêtu aller en promenade 
Et n’étant pas trop mal de ma personne 
Plaire à mainte jolie personne 


SCÈNE VI 

Les mêmes, LE GENDARME 


LE GENDARME 


Il paraît que vous en faites de belles 
Vous avez tenu parole 
40.050 enfants en un jour 
Vous secouez le pot-de-fleurs 


Je m’enrichis 


LE MARI 


LE GENDARME 

Mais la population Zanzibarienne 
Affamée par ce surcroît de bouches à nourrir 
Est en passe de mourir de faim 


9 


99 ~ 

LE"" MARI 

.J 

Donnez-lui des cartes ça remplace tout 
LE GENDARME 

Où se les procure-t-on ? 

LE MARI 

Chez la Cartomancienne 


Extra-lucide 

LE GENDARME 

Parbleu puisqu’: 

LE MARI 

il s’agit de prévoyance 

* 

SCÈNE VII 


Les mêmes, LA CARTOMANCIENNE 

LA CARTOMANCIENNE 

Elle arrive du fond de la salle. Son crâne est éclairé électriquement» 

Chastes citoyens de Zanzibar me voici 

LE MARI 


Encore quelqu’un 
Je n’y suis pour personne 


IOO 


LA CARTOMANCIENNE 
J’ai pensé que vous ne seriez pas fâchés 
De savoir la bonne aventure 

LE GENDARME 
Vous n’ignorez pas Madame 
Que vous exercez un métier illicite 
C’est étonnant ce que font les gens 
Pour ne point travailler 

LE MARI au gendarme 

Pas de scandale chez moi 

LA CARTOMANCIENNE à un spectateur 

Vous Monsieur prochainement 
Vous accoucherez de trois jumeaux 

LE MARI 

Déjà la concurrence 

UNE DAME (spectatrice dans la saUe) 

Madame la Cartomancienne 
Je crois bien qu’il me trompe 


V r aisselle casse'e 



£[\l VQu EZ vou^ 

y* ££ *4 A FaiBU*}} e 


THERESE, LE GENDARME ET LE MARI 

















LlBPêfty 
iIt W THE 
Vm ^ ' - 



— io3 


LA CARTOMANCIENNE 
Conservez-le dans la marmite norvégienne 

Elle monte sur la scène, cris d’enfants, accordéoa 

Tiens une couveuse artificielle 

LE MARI 

Seriez-vous le coiffeur coupez-moi les cheveux 

LA CARTOMANCIENNE 
Les demoiselles de New-York 
Ne cueillent que les mirabelles 
Ne mangent que du jambon d’York 
C’est là ce qui les rend si belles 

LE MARI 

Ma foi les dames de Paris 
Sont bien plus belles que les autres 
Si les chats aiment les souris 
Mesdames nous aimons les vôtres 

LA CARTOMANCIENNE 
C’est-à-dire vos sourires 

TOUS en choeur 

Et puis chantez matin et soir 


Grattez-vous si ça vous démange 
Aimez le blanc ou bien le noir 
C’est bien plus drôle quand ça change 
Suffit de s’en apercevoir 
Suffit de s’en apercevoir 

LA CARTOMANCIENNE 
Chastes citoyens de Zanzibar 
Qui ne faites plus d’enfants 
Sachez que la fortune et la gloire 
Les forêts d’ananas les troupeaux d’éléphants 
Appartiennent de droit 
Dans un proche avenir 

A ceux qui pour les prendre auront fait des enfants 

Tous les enfants se mettent à crier sur la scène et dans la salle. La cartomancienne 
fait les cartes qui tombent du plafond. Puis les enfants se taisent. 

Vous qui êtes si fécond 

LE MARI ET LE GENDARME 

Fécond fécond 

LA CARTOMANCIENNE au mari 

Vous deviendrez io fois milliardaire 

Le mari tombe assis par terre 


LA CARTOMANCIENNE au gendarme 


Vous qui ne faites pas d’enfants 
Vous mourrez dans la plus affreuse des débines 
LE GENDARME 

Vous m’insultez 

Au nom de Zanzibar je vous arrête 

LA CARTOMANCIENNE 

Toucher une femme quelle honte 

Elle le griffe et l’étrangle. Le mari lui tend une pipe 


LE MARI 


Eh ! fumez la pipe Bergère 
Moi je vous jouerai du pipeau 
Et cependant la Boulangère 
Tous les sept ans changeait de peau 


LA CARTOMANCIENNE 

Tous les sept ans elle exagère 

LE MARI 

En attendant je vais vous livrer au commissaire 
Assassine 


— i o6 — 


THERESE se débarassant de ses oripeaux de cartomancienne 


Mon cher mari ne me reconnais-tu pas 


LE MARI 

Thérèse ou bien Tirésias 


Le gendarme ressuscite 


THÉRÈSE 

Tirésias se trouve officiellement 
A la tête de l’Armée à la Chambre A l’hôtel de Ville 
Mais sois tranquille 

Je ramène dans une voiture de déménagement 

Le piano le violon l’assiette au beurre 

Ainsi que trois dames influentes dont je suis devenu l’amant 


LE GENDARME 
Merci d’avoir pensé à moi 

LE MARI 

Mon général mon député 

Je me trompe Thérèse 

Te voilà plate comme une punaise 

THÉRÈSE 

Qu’importe viens cueillir la fraise 


— 107 — 


Avec la fleur du bananier 
Chassons à la zanzibaraise 
Les éléphants et viens régner 
Sur le grand cœur de ta Thérèse 


LE MARI 

Thérèse 


THÉRÈSE 

Qu'importe le trône ou la tombe 
Il faut s’aimer ou je succombe 
Avant que ce rideau ne tombe 


LE MARI 

Chère Thérèse il ne faut plus 

Que tu sois plate comme une punaise 

Il prend dans la maison un bouquet de ballons et un panier de balles 

En voici tout un stock 

THÉRÈSE 

Nous nous en sommes passés l’un et l'autre 
Continuons 

LE MARI 

C’est vrai ne compliquons pas les choses 


Allons plutôt tremper la soupe 

THÉRÈSE 

Elle lâche le» ballons d’enfants et lance les balles aux spectateurs 

Envolez-vous oiseaux de ma faiblesse 
Allez nourrir tous les enfants 
De la repopulation 

TOUS en chœur 

Le peuple de Zanzibar danse en secouant des grelots. 



gua/ié ça. Suf - -Jut cU S en. a - - nfoLi Su/. 



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RIDEAU 





















































ACHEVÉ D'IMPRIMER POUR SIC 
LB PREMIER JANVIER I918 PAR 
LA SOCIÉTÉ D ’iMPRIMERIE LBVÉ, 
RUE DE RENNES, 71, PARIS. 


Il a été tiré à part : 

5 exemplaires nominatifs sur Chine. 

2 exemplaires sur Vieux Japon à la forme numérotés I et2. 
4 exemplaires sur Japon Impérial numérotés de j à 6. 

6 exemplaires sur Hollande Van Gelder numérotés de 7*12. 


EXEMPLAIRE N*